jeudi 10 septembre 2020

Cher ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, monsieur Othmane El Ferdaous

Cher ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, monsieur Othmane El Ferdaous, 


Le 2 août dernier, j'ai téléphoné à votre secrétaire madame Benali pour solliciter une audience auprès de vous. Après plus de vingt jours d’attente, j’ai envoyé un message WhatsApp à madame Benali, la priant de me dire si elle avait bien transmis ma demande d'audience à monsieur le ministre. « Oui, votre demande a bien été transmise à monsieur le ministre. Vous êtes sur la liste d’attente. Le cabinet vous contactera.», m’écrivit madame Benali, via WhatsApp. « Laissez tomber.», avais-je répondu par écrit à votre secrétaire madame Benali à qui j'ai transmis, il y a trois jours, une copie de ma lettre ouverte, adressée, il y a trois jours, à monsieur le ministre des Finances, du Commerce et de la Réforme  administrative.

Quarante jours après avoir demandé à vous rencontrer, dans l’unique et noble but de vous faire part de quelques idées pour combattre, par la Culture et le théâtre, l'angoisse, la peur et le terrible vide créés par le COVID-19 dans notre vie quotidienne - des idées simples, mais lumineuses, qui peuvent redonner espoir aux hommes et aux femmes du théâtre qui désespèrent par ce sale temps du Coronavirus, des idées qui ne peuvent voir le jour et se réaliser, pour le bien des spectateurs amoureux des pièces de théâtre, qu'avec une réelle volonté politique qui s'inscrive dans une dynamique politique culturelle, pour le bien du pays et de ses citoyens - il me paraît primordial et vital que le ministre de la Culture que vous êtes, accepte de devenir un grand ministre de la Culture, innovateur et créateur d'idées, à l'écoute des artistes et des créateurs marocains qui ne vivent que de leur ART.

Pour devenir ce grand ministre de la Culture, il ne faut surtout pas avoir peur de tout chambouler.


Rabat, le 9 septembre 2020

Signé Nabyl Lahlou

jeudi 3 septembre 2020

Lettre ouverte au ministre des Finances, du Commerce et de la Réforme administrative




Lettre ouverte au ministre des Finances, du Commerce et de la Réforme administrative


Cher ministre,

Permettez-moi de vous féliciter du fond de mon coeur pour avoir réussi à obtenir de la Banque Européenne d’Investissements un prêt total de deux cents millions d’euros au profit de notre pays. Ces deux cents millions d’euros, notre pays les recevra en deux tranches de cent millions d’euros, chacune. Imaginez, cher ministre, que le versement de la deuxième tranche de cent millions d’euros au profit de notre pays prenne indéfiniment du retard à cause de faux calculs politiciens de la part de bureaucrates bornés ou tout bonnement corrompus. Ce prêt de deux cents millions d’euros, qui est accordé à notre pays pour qu’il continue sa lutte contre le Coronavirus, ne doit pas nous faire oublier un autre virus qui gangrène la vie quotidienne des citoyens et que nous devons tous combattre. Ce virus s’appelle la bureaucratie. Une tare dont les citoyens sont quotidiennement victimes. À ce sujet, permettez-moi, cher ministre, de vous faire part de ma grande déception, voire ma révolte, quand j’apprends que le contrôleur financier du Théâtre Mohammed V, s’était opposé et continue de s’opposer catégoriquement à la décision du directeur du Théâtre Mohammed V de nous accorder la deuxième tranche de la subvention, accordée par le théâtre Mohammed V à la compagnie du théâtre Nabyl Lahlou, dans le cadre d’une coproduction théâtrale. Si vous le permettez, cher ministre, voici le scénario : L’après-midi du 5 mars dernier, alors que nous étions en pleines répétitions au Théâtre Mohammed V de notre nouvelle création théâtrale LA FEMME AU COLT 45, le directeur du Théâtre Mohammed V arriva en catastrophe au théâtre pour nous annoncer que les deux premières représentations de LA FEMME AU COLT 45, qui devaient avoir lieu au Théâtre Mohammed V, jeudi et vendredi, 12 et 13 mars 2020, sont annulées par le ministère de l’Intérieur. La pièce de théâtre LA FEMME AU COLT 45 de Marie Redonnet est une coproduction entre la Compagnie du Théâtre Nabyl Lahlou et le Théâtre Mohammed V. La participation financière du Théâtre Mohammed V à cette coproduction est de deux cent cinquante mille dirhams (TVA comprise). Fin novembre 2019, alors que les répétitions entraient dans leur troisième semaine, une première tranche de cent vingt cinq mille dirhams (une poussière par rapport aux deux cent millions d’euros) fut versée au compte bancaire de la Compagnie du Théâtre Nabyl Lahlou. Quant au versement de la deuxième tranche, le contrat stipule qu’il ne sera effectué qu’après que deux représentations de LA FEMME AU COLT 45 seront données au profit du Théâtre Mohammed V. Voilà déjà six mois que les deux premières représentations de LA FEMME AU COLT 45 ont été annulées par le ministère de l’Intérieur qui, pour cause de la pandémie du Coronavirus, avait ordonné l’annulation de toutes les activités culturelles, artistiques, théâtrales, cinématographiques et sportives, sans que le Théâtre Mohammed V ne se soucie de procéder au versement de la deuxième tranche, pourtant promis par son directeur. En ma qualité de metteur en scène de LA FEMME AU COLT 45, dès l’annonce de l’annulation des deux premières représentations, j’ai demandé à monsieur Mohamed Benhssain, directeur du Théâtre Mohammed V, quel sort comptait-il réserver au versement de la deuxième tranche de cent vingt cinq mille dirhams, puisque l’annulation des deux représentations ne vient pas de nous. « J’espère que vous allez nous verser la deuxième tranche pour que les sept grands artistes, qui ont pris part, depuis le mois de novembre 2019 à la réalisation de LA FEMME AU COLT 45, puissent recevoir leurs cachets », avais-je dit à monsieur Mohamed Benhssain, qui me répondit que le versement de la deuxième tranche sera fait. Malheureusement, la décision du directeur du Théâtre Mohammed V de procéder au versement de la deuxième tranche, dès le mois d’avril dernier, s’était heurtée au refus de Madame la contrôleuse financière qui refuse toujours d’entériner la décision du directeur de nous verser la deuxième tranche. Aujourd’hui, ni monsieur le Premier ministre, Saad Eddine El Othmani, qui met rarement les pieds dans un théâtre où dans un cinéma, ni le ministre de l’Intérieur, monsieur Abdelouafi Laftite, qui a beaucoup de chats à fouetter par cette sombre période du Covid-19, ni monsieur Othman El Ferdaous, ministre de la Culture auprès de qui j’ai sollicité, mais sans succès, une entrevue, ne peuvent savoir ni prévoir quand la saison culturelle et théâtrale 20/21, pourrait voir le jour pour que nous puissions jouer LA FEMME AU COLT 45 afin de satisfaire les caprices de Madame la contrôleuse financière. Le départ de la rentrée théâtrale 20/21 est lié à la mort définitive du Coronavirus et de son enterrement à jamais. En attendant, occupons-nous de combattre jusqu’à la mort cette pieuvre nommée BUREAUCRATIE, dont Madame la contrôleuse financière du théâtre Mohammed V semble être une bonne disciple. Soyez donc audacieux et courageux, cher ministre, pour débureaucratiser les mentalités, les comportements et les esprits des fonctionnaires, tous grades confondus, pour mieux les humaniser afin qu’ils se sentent libres et fiers de prendre, quand il le faut, des initiatives personnelles, même si ces initiatives peuvent aller à l’encontre de « règles » et de « lois », encore en vigueur depuis le protectorat.

Rabat 2 septembre 2020
Signé Nabyl Lahlou

vendredi 5 juin 2020

De Mohcine Fikri à George Floyd

De Mohcine Fikri à George Floyd


Après l’assassinat, le 15 avril 1865, d’Abraham Lincoln qui abolit définitivement l’esclavagisme, la ségrégation raciale n’avait fait que fleurir dans les cœurs et les têtes des américains blancs, stupides et bornés, pour atteindre son apogée avec l’assassinat de Malcolm X, le 21 février 1965, puis l’assassinat du révérend Martin Luther King, le 4 avril 1968. L’Histoire, avec un grand H, ne fait que se répéter bêtement et banalement. L’atroce assassinat d’un américain nommé George Floyd, consciencieusement prémédité et volontairement exécuté par un officier de la police américaine, en parfaite complicité avec trois autres policiers américains, m’a fait vite revoir l’insoutenable image de Mohcine Fikri, un jeune marchand de poissons qui s’était jeté dans la benne d’un camion à ordures pour récupérer sa marchandise, du poisson frais que des éléments des forces auxiliaires lui avaient confisqué et jeté dans la benne où il trouva sa mort, broyé comme une ordure.

La mort du jeune marchand de poissons provoquera des manifestations monstres dans toute la ville d’Al-Hoceima et dans toutes les agglomérations voisines. Par respect pour l’Histoire, rappelons que cette très belle région du nord du Maroc, appelée le Rif, où est né et a vécu le grand combattant et stratège militaire Mohamed ben Abdelkrim Khattabi, dit Abdelkrim, qui créa la République du Rif, que combattront, durant plusieurs années, les maréchaux Lyautey et Pétain, flanqués des soldats du caporal Franco, dont beaucoup, beaucoup de rifains, n’a connu durant des décennies que répressions après répressions de la part du pouvoir central. La République du Rif est et restera dans la mémoire des rifains, et dans leur imaginaire, le rêve qui leur a rendu fierté, dignité et raison d’être. Personne ne pourra leur voler leur rêve. Aussi l’intronisation du roi Mohammed VI en juillet 1999, mettra-t-elle un terme définitif aux répressions, mais pas forcément aux injustices et à la pauvreté. 

La haine perdure dans les cœurs et les mémoires. L’assassinat de George Floyd s’inscrit tout naturellement dans la série de crimes commis par les américains blancs à l’encontre de leurs concitoyens noirs. Une Amérique beaucoup plus humaine et humaniste que celle toujours plus matérialiste et matérialisée, toujours sauvagement capitaliste et capitalisée, toujours mercantiliste, demeure l’idéal et le rêve de toutes les Américaines et de tous les Américains, qui nous font vraiment aimer leur grand pays. Cette Amérique, qui célèbre les valeurs de l’humanisme, sera une Amérique où les blancs, bornés et stupides, comprendront que vivre heureux, c’est être exempt de toute haine et de tout sentiment raciste. Quand ce rêve se réalisera, une nouvelle Amérique jaillira des entrailles de la Statue de la Liberté pour que le « I have a dream» prononcé par le révérend Martin Luther King, en 1964, puisse résonner dans les esprits et faire raisonner les esprits.

Si les nombreuses manifestations qui se déroulent dans plusieurs États et grandes villes des USA, sont un véritable coup de poing et une sonnette d’alarme pour le président américain, elles n’en demeurent pas moins une magistrale gifle, administrée magistralement au Coronavirus qui a fait se replier sur elles-mêmes, les grandes nations, super riches et industrialisées, dont l’Amérique, les grands pays qui ne manquent de rien ainsi que les petits pays qui manquent de tout et de rien, dont mon pays que je veux voir parmi les pays qui ne manquent de rien. Aussi les dizaines de milliers d’Américaines et d’Américains, de toutes les ethnies, des blancs, des noirs, des métis, des jaunes, qui, depuis la mort de George Floyd continuent de manifester pour réclamer justice pour ce dernier, ne lâcheront leur colère et ne retourneront dans leurs foyers que si George Lloyd est vengé. Vengé par un verdict juste, émanant d’une vraie Justice, libre et indépendante. 
Etant contre la peine de mort, je me verrai bien portant la toge noire de l’avocat de George Floyd (dans les tribunaux américains, les avocats plaident en costumes, chemises, cravates), pour réclamer la peine capitale pour ce tueur froid, pour cet assassin raciste, pour ce criminel haineux qui, avec l’aide de trois de ses collègues policiers - à qui la perpétuité me paraît un moindre mal - a fait tomber George Floyd par terre, presque sous le châssis d’une voiture, puis a posé son genou en appuyant sur le cou de George Floyd qui suffoquait en répétant au policier : Je ne peux plus respirer. Je n’arrive plus à respirer. La scène dura huit longues minutes, durant lesquelles George Floyd demanda secours mais personne ne lui, prêtait attention, même pas le lâche et sinistre passant, qui a filmé la scène de la mort en direct de George Floyd qui ne cessait de balbutier  : Je ne respire plus. Après un calvaire de huit longues minutes, George Floyd rendit l’âme, un 25 mai 2020. 
Mohcine Fikri mourut broyé, un 29 octobre 2016.

Rabat, 5 juin 2020
Nabyl Lahlou

vendredi 29 mai 2020

Très bonne nuit Danielle. Dors bien.

Très bonne nuit Danielle. Dors bien.


Lorsqu’il m’arrivait de sortir de chez moi pour aller faire ma petite marche quotidienne, je tombais très souvent sur Danielle Essakali, inséparable de sa toute petite chienne Foly à qui elle offrait une balade entre la Place du Chili et le parvis de la Cathédrale en passant par la rue Henri Dunant. 
La rue Henri Dunant a été débaptisée, il y a une quinzaine d’années, pour être rebaptisée du nom de Benchekroun. Mais à l’occasion de la visite du pape dans notre pays, le 30 mars 2019, la rue Benchekroun, qui longe la façade arrière de la Cathédrale, a été très vite rebaptisée du nom de son premier locataire Henri Dunant. Les choses reviennent comme au temps du protectorat. 
C’est dans la rue Henri Dunant rue où j’habite que je rencontrais Danielle Essakalli, toujours accompagnée de Foly. Nous échangions rapidement des propos qui n’étaient jamais gratuits car nous avions toujours été, et ce depuis 1972, des personnes à l’esprit critique. Parfois, nous nous trouvions sous le balcon du premier étage de l’immeuble où j’habite avec mon épouse la comédienne Sophia Hadi. Alors, je l’invitais à monter prendre un thé et à continuer notre discussion. Nous parlions avec la même passion et rage qui nous animaient dans les années 1970, moi en tant qu’homme de théâtre et cinéaste, elle, comme journaliste et personne impliquée dans les actions sociales. Nous parlions de notre pays et prenions son pouls pour mesurer le niveau de la liberté et du respect de la liberté d’expression. Parfois, le souvenir de Larbi Essakalli planait au dessus de nos têtes. Alors, avec la dose nécessaire d’une douce et belle nostalgie, ainsi que celle du respect de la mémoire, je lui parlais de Larbi que j’avais connu à Paris quand j’avais une vingtaine d’années. Il a été un grand journaliste en avance par rapport à son temps. Sa droiture et son sens de l’honnêteté journalistique ne pouvaient lui permettre de cohabiter avec les médiocres. Danielle en sait plus que moi à ce sujet, elle qui a été aussi journaliste.
En 1973, quand je fus méchamment saboté par mon propre collaborateur et des bureaucrates français, relevant du Service  Culturel de l’ambassade de France à Rabat, Danielle Essakalli m’ouvrit les colonnes de Maroc Soir et j’ai pu m’exprimer librement dans une très longue interview qui prenait plus de la moitié d’une page. J’ai pu parler de la vision que j’avais du spectacle Que Molière, pour lequel j’avais choisi Abdallah Stouky pour le choix des extraits de quelques pièces de Molière, et Farid Belkahia pour la scénographie.         
Parfois, alors que nous bavardions sous le balcon, Danielle demandait à voir Sophia et montait la saluer. Elles s’entendaient très bien.
Malgré le temps qui passe si vite, je pensais toujours qu’en sortant faire ma petite marche quotidienne, j’allais tomber sur Danielle et Foly. Rien. Pas de Danielle. Pas de Foly. Ni à la place du Chili, ni dans la rue Henri Dunant, ni dans la rue Abou Inane Marini où elle habitait à une quarantaine de mètres de l’Institut français de Rabat.
Qui pouvait penser, moi qui pensais la revoir pendant ma promenade quotidienne, qu’elle était, depuis plusieurs semaines, à la Maison de retraite de Rabat. Impossible pour moi de l’imaginer à la Maison de retraite, car Danielle n’était ni vieille ni vieillissante ni malade ; elle se portait très bien et était pétillante de vie. Avec la venue du confinement, il était quasiment impossible de lui rendre visite 
Aucune nouvelle de Danielle Essakalli pendant plus de trois mois, jusqu’au soir du mercredi 27 mai quand Sophia reçut un message lui annonçant son décès 
Aujourd’hui, au cimetière musulman qui se trouve derrière Marjane à Hay Riad, Danielle a été enterrée en présence de son fils Othmane Essakali et quelques amis, dont Sophia Hadi et Fouad Bellamine.
Très bonne nuit, Danielle. Dors bien.

Rabat. Vendredi 29 mai 2020
Nabyl Lahlou

mardi 26 mai 2020

Vivement la fin du hajar essehhi *

 Vivement la fin du hajar essehhi * 

Trois Royaumes et trois Républiques, à savoir la Belgique, l’Espagne la Hollande, l’Allemagne, la France et l’Italie, ont, depuis une quinzaine de jours, entamé une fin progressive du confinement, même si le Coronavirus, qui les a frappés en tuant des dizaines et des dizaines de milliers de leurs citoyens, continue de faire des victimes. Les citoyens de ces six pays européens, hautement industrialisés et très, très riches en vitamine L et D, c’est-à-dire en Liberté et en Démocratie, commencent à goûter au plaisir de se dégourdir les jambes, à la joie de gambader et au bonheur de se promener en respirant un air devenu extraordinairement pur, grâce au « confinement » des voitures, des autobus, des autocars,  des trains et des avions restés cloués dans leurs garages. Les millions d’émigrés marocains, vivant et travaillant dans ces six pays, ne peuvent que savourer, eux aussi, les bienfaits de la fin du confinement, sans s’empêcher de se demander quand est-ce que leur pays, le Maroc, va pouvoir annoncer la date d’ouverture de ses frontières terrestres, maritimes et aériennes afin qu’ils puissent organiser leurs vacances dans leur pays, le Maroc, auquel ils sont encore attachés. Par contre, les enfants de ces émigrés marocains, nés dans ces trois Royaumes et ces trois républiques, qui leur ont permis de réussir leurs vies, portent un regard hautain et paternaliste sur le pays de leurs géniteurs qu’ils voient encore très sous-développé.
Curieusement, d’autres enfants d’émigrés marocains ont accepté de composer l’équipe nationale de football. Ces jeunes joueurs, belges, hollandais, français, allemands et italiens à cause de leur langue et leurs mentalité, sont vite tombés sous le charme du pays de leurs parents. Séduits par les fastes des somptueuses soirées et dîners que leur offrent les responsables marocains qui les ont recrutés, ils ont très vite pris l’habitude de venir passer des vacances au pays de leurs géniteurs pour bluffer leurs indigènes de cousins, proches ou lointains, en frimant aux volant de leurs bolides, quitte à renverser et tuer des de paisibles passants. Ils s’en sortent très facilement en payant très cher les familles très pauvres des victimes, qui renoncent aux poursuites judiciaires. Ces jeunes footballeurs, d’origine marocaine, n’oseront jamais se comporter de la sorte dans ces trois Républiques et ces trois Royaumes où ils sont nés et dont ils portent la nationalité. 
Les quelques chaînes de télévision françaises ainsi que les quelques politiciens français, de gauche comme de droite, d’extrême droite comme d’extrême gauche, qui ont louangé, il y un mois, le Maroc pour « Sa gestion réussie de la pandémie du Coronavirus», doivent se demander pourquoi notre pays, qui n’a enregistré jusqu’à présent que deux cents victimes du Coronavirus, n’entame toujours pas son déconfinement, alors que la France, qui déplore plus de vingt neuf mille morts, l’a fait. 
Les esprits caustiques et sarcastiques diront que le Coronavirus a voulu d’abord secouer les pays pauvres en les mettant en face de leurs  structures sanitaires décadentes et leurs responsabilités. Bénissons donc le Coronavirus d’avoir épargné à notre pays une véritable hécatombe et remercions-le chaleureusement de n’avoir causé que peu de morts dans les pays en voie de démocratisation, dont la Tunisie qui a ouvert l’avenue Bourguiba aux promeneurs et les belles plages de Djerba aux baigneurs. Puisse donc le gouvernement marocain ne plus avoir peur pour mettre une fin rapide au confinement qui commence vraiment à peser lourd sur la vie des citoyens, sur leur mental et leurs maigres bourses. Puisse-t-il (Le gouvernement) avoir une vision futuriste pour ouvrir vite toutes les frontières afin que l’été brille de mille bonheurs dont profiteront les marocains résidents à l’étranger ainsi que leurs enfants qui doivent cultiver de belles attaches avec le pays de leurs parents. 
En attendant la fin du hajar essehhi,  soyons imaginatifs et pensons à notre future manière d’aborder notre futur retour à la vie normale.
Pensons à une autre manière de vivre ensemble avec un nouveau mode du « vivre ensemble », plein de fraternité et de convivialité où le puissant ne mangera plus le faible ;  le gros riche arrêtera d’étouffer le moins riche ; le mécanicien se sentira voleur de rouler l’automobiliste qui lui apporte sa voiture pour réparation ;  le tôlier aura vraiment honte d’utiliser des restes de pots de peintures pour refaire à neuf la peinture des véhicules qui lui ont été confiés ; le citoyen ordinaire n’aura plus peur quand il est convoqué par la police ou la justice ; les piétons, souvent des cadres et des étudiants, s’arrêteront au feu vert pour laisser passer des automobilistes ; le gendarme ne rackettera plus son prochain au pourtour d’un rond point ; le policier, gradé et imbu de son grade, n’insultera plus, ne giflera et n’humiliera plus un triporteur parce qu’il a mal stationné son véhicule à trois roues.
Faisons travailler notre imagination et prenons nos désirs pour des réalités afin de bâtir un nouveau Maroc, où les jeunes entrepreneurs, âgés de 20 et 25 ans, ne se verront plus sabotés et leurs premiers projets rejetés  par des bureaucrates, des décideurs et des utilisateurs de tampons, tous des vendus et des corrompus jusqu’au trognon, à l’image de la faune administrative décadente et morbide.
Repensons un autre Maroc où les imaginatifs, les créatifs, les innovateurs, les utopiques, porteurs de rêves et d’audaces, pourront, grâce à leur savoir-faire, à leur génie, à leur amour pour la liberté et l’indépendance de leurs esprits, diriger le pays pour le placer vite parmi les cinquante premières nations prospères et démocratiques du globe.
Rêvons d’un Maroc qui comprendra, enfin, que la Culture est aussi importante, vitale et rentable que l’Economie. 
Rêvons d’un Maroc nouveau qui produit de grands films et de grands téléfilms de fiction sur notre Histoire que le peuple ignore complètement  et dont il est totalement coupé. Le peuple ne connaît de l’Histoire de son pays que ce que le parti unique de l’audiovisuel, composé des chaînes des télévisions Al Oula et 2M, veut bien lui cuisiner et lui donner à manger. 
Rêvons donc d’une grande télévision marocaine, dont les dirigeants  n’hésiteront pas à donner de grands moyens à de vrais réalisateurs marocains, impliqués humainement et politiquement, pour réaliser de grands films et téléfilms qui honorent le pays.
Personnellement, combien de fois me suis-je vu en train de réaliser une grande fresque cinématographique sur les deux putschs militaires ratés. Aussi, moi qui, en 1967, avais écrit une pièce de théâtre sur l’affaire Ben Barka, combien de fois ai-je rêvé de réaliser un grand  téléfilm sur le kidnapping et l’assassinat de Mehdi Ben Barka en 1965 à Paris. 
Rêvons donc d’une grande télévision marocaine qui fait la fierté des Marocaines et des Marocains en produisant des films pour faire aimer l’Histoire de notre pays et celles et ceux qui l’ont faite et écrite. Un film sur le sultan Mohamed Ben Youssef qui a préféré la liberté et la dignité en acceptant l’exil au lieu de garder un trône aux services de la France colonialiste, ne peut que contribuer à l’édification de notre Histoire encore ignorée et falsifiée. L’exil du roi et de la famille royale, qui a commencé en Corse pour continuer et se terminer à Madagascar, François Salvaing, écrivain et journaliste, né en 1943 à Casablanca qu’il quitta en 1962, le décrit et le raconte, jour par jour, pendant 818 jours, titre de son roman. 
M’ayant fait parvenir son roman, il y a quatre ans,  je l’avais lu et trouvé très très riche pour être porté au grand écran, pour faire revivre cet odieux complot du Résident général, le sinistre général Guillaume, qui, la nuit du 20 août 1953, expedia le sultan Mohamed Ben Youssef, accompagné de la famille royale, en exil en Corse, Après 818 jours d’exil, le sultan retournera dans son royaume et retrouvera son trône en tant que Sa Majesté le roi Mohammed V, père de la Nation.
Je vous le dis et vous le répète, ça ne coûte absolument rien de rêver. 
Laissez moi donc rêver que je suis mort mais que je renaîs dans un autre Maroc, un Maroc très en avance, où réaliser 818 jours et Aliya Lhallaj (sur les deux putschs militaires ratés), n’est que monnaie courante.   

Mardi 26 mai 2020
Nabyl Lahlou

*Le confinement

    

lundi 4 mai 2020

Le 22-20 aux oubliettes. Les tanks à leurs casernes.


Depuis une dizaine de jours, le Maroc fait l’objet d’éloges pour la réussite de sa gestion de la crise du Coronavirus. Des chaînes de télévisions françaises, et non des moindres, ainsi que des personnalités, connues pour leur probité intellectuelle et politique, félicitent le Maroc et le placent, au même titre que l’Allemagne, comme étant le pays qui a su le mieux lutter contre le Covid-19. Ces sympathiques témoignages envers notre pays, ne doivent pas nous faire oublier que le Maroc est très souvent classé parmi les cinquante derniers pays du globe. Dans un article publié dans la revue Sciences, daté du 19 juillet 2019, la Maroc y est désigné comme le pays le plus malhonnête du monde. Le gouvernement marocain aurait dû protester pour défendre notre honneur. Il ne l’a pas fait, mais il a le culot de nous braquer avec son projet de loi 22-20. Le gouvernement, face à la prolifération des idées exprimées par les citoyens à travers les réseaux sociaux, veut museler la liberté de penser et d’écrire librement dont peuvent jouir les citoyens. 

Ce projet de loi 22-20 sonne à mes oreilles comme la cartouche d’un pistolet au calibre 22-20. Il est à mes yeux, un Covid 22-20, une arme de destruction massive contre la liberté des citoyens d’utiliser les réseaux sociaux. « Sera puni d’une peine de prison de six mois à trois ans, ou d’une amende de vingt mille dirhams, toute personne qui incitera, via les réseaux sociaux, à boycotter les produits de consommation », annonce le projet de 22-20, qui  servira également de garde-fou pour parer aux dérives véhiculées par les réseaux sociaux, susceptibles, non pas de porter atteinte à la sûreté de l’Etat, mais aux biens des personnes les plus riches et les plus puissantes qui règnent politiquement et économiquement sur le pays. Le souvenir de la campagne de Boycott de 2018, qui causa des ravages économiques énormes et inestimables à plusieurs multinationales, a été sûrement l’un des inspirateurs de ce très, très mauvais projet de loi 22-20. Aussi, le gouvernement marocain, qui a décrété, le 20 mars dernier, un confinement généralisé à toute la population marocaine, qui l’a bien accueilli, accepté, respecté et continue de le respecter, avec son projet de loi 22-20, se découvre ingrat, irresponsable, irrespectueux envers le peuple marocain et indigne de sa confiance.

Les Marocaines et les Marocains ne sont ni bêtes ni stupides ; le gouvernement doit le savoir et en être convaincu, lui qui a la peur au ventre parce qu’il ne sait toujours pas comment aborder la levée du confinement. Mais il doit savoir qu’à la fin du confinement et au retour à la vie normale, il n’y aura ni désordres publics, ni débordements incontrôlables, ni un début d’émeute ou un zest de Siba. Rien de tout cela ne se produira car le peuple marocain, même si, dans sa large composante, a été privé d’instruction et de son droit au savoir le plus élémentaire, demeure un grand peuple, paisible et digne, malgré la pauvreté qui ne le quitte pas depuis des décennies. Par contre, tous les ministres et leur chef, qui se déplacent dans des Mercedes de luxe, habitent des villas dont certaines ont des allures de coquets petits palais, et perçoivent des mandats mensuels supérieurs aux mandats des ministres de grands pays européens, sans compter les incalculables privilèges, n’ont pas honte de vouloir nous flinguer avec leur 22-20. Ces ministres et leur chef, leur arrive-t-il pendant leur confinement de penser aux millions de familles marocaines qui vivent, entassées à cinq ou plus dans une pièce ou deux.

Les ministres de ce gouvernement, notamment celles et ceux du PJD qui sont issus de milieux modestes, et que la roue heureuse de la politique a fait chanceux, doivent avoir honte des richesses qu’ils ont accumulées en l’espace de deux législatives et s’interroger à comment ils ont fait pour devenir si riches. Aussi ce n’est pas à la liberté d’expression et la liberté de penser et d’écrire que le gouvernement marocain doit attenter avec son 22-20, mais s’atteler à combattre les inégalités sociales, les injustices, les abus de pouvoir, l’ignorance, l’analphabétisme, la pauvreté, la misère matérielle l’exploitation de la religion à des fins politiques et mercantilistes et à la défense de la liberté des citoyens.

De grâce ! Enterrez ce pistolet 22-20.
De grâce ! Renvoyez les tanks dans leurs casernes.

Rabat, le 2 mai 2020.
Nabyl Lahlou

vendredi 1 mai 2020

L’Humanité en premier, « America first » après


Dès les deux premières victimes américaines du Coronavirus, en mars 2020, le président américain accusa la Chine d’être derrière la fabrication du virus et de son exportation vers son pays. Les héritiers de la révolution maoïste répondront à Trump que ce sont les Américains qui avaient apporté avec eux le virus, lors de la tenue à Wuhan, en octobre 2019, des Jeux Mondiaux Militaires auxquels avaient pris part des militaires américains ainsi que des militaires de 155 pays, dont, probablement, pour ne pas dire sûrement, des militaires de notre pays, qui excellent dans les compétitions équestres. Qu’il soit « introduit par les Américains en Chine, dans la ville de Wuhan. » ou « fabriqué par les chinois et envoyé par leur soin en Amérique », le virus, pendant cette guerre des mots sino- américaine, faisait silencieusement des morts dans la population de Wuhan. 


Tâtant la puissance de sa nuisance mortelle, le coronavirus tuera plus de quatre mille six cents personnes à Wuhan où il aurait vu le jour dans un des laboratoires de cette ville chinoise. Manipulé par un chercheur scientifique chinois ou échappant au contrôle de ce dernier, le Coronavirus va semer la terreur, la peur et la désolation aux quatre coins de la planète, causant, ironie du sort ou loi de la nature, la mort de plus de deux cent trente mille hommes et femmes, dont plus de 85% appartiennent à de grands pays démocratiques et riches comme peuvent l’être l’Allemagne, la Grande Bretagne, la France, l’Italie, la Belgique, la Hollande, des pays de notre terre nourricière qui, me semble-t-il, en a vraiment assez de se voir continuellement exploitée et souillée par les mêmes et arrogantes multinationales qui continuent à mettre à feu et à sang cette chère terre nourricière qui s’essouffle et suffoque. Après avoir accusé la Chine, il y a un mois et demi, d’être la porteuse du coronavirus, Trump persiste et signe avec ses déclarations belliqueuses qui pointent du doigt la Chine, accusée d’être la seule responsable de la propagation Coronavirus dans son pays. « La Chine doit casquer pour dédommager les victimes américaines du virus chinois. », martèle Trump en bon milliardaire qu’il est et en bon adorateur du dollar. Pour cet homme, dont David Lynch a dit, dès son installation à la Maison Blanche qu’il sera un grand président des États-Unis, voir la Chine dépasser et déclasser son pays, « La première puissance économique et militaire du Monde », est impensable, inimaginable et irréalisable. En accusant une énième fois et toujours publiquement la Chine d’être la seule responsable de la pandémie, comme il vient de le déclarer aujourd’hui, Trump cherche à dresser les grandes nations, riches et industrialisées, contre la Chine qui parle de complot. 


Et pendant que Trump se délecte en calculant combien il va soutirer de dollars à Pékin, les grandes nations, démocratiques et riches, sont endeuillées quotidiennement par la mort de centaines de leurs citoyens, emportés par le Covid-19. Ce fils de virus, tôt ou tard, sera vaincu comme furent vaincus et enterrés, avant lui, d’autres fils de virus qui ravagèrent l’humanité depuis des siècles et des siècles. Avec les menaces proférées par Trump contre la Chine, le fantôme de la guerre froide pointe déjà à l’horizon. La résurrection de ce virus endormi fera encore plus de ravages que le Coronavirus. En attendant l’explosion de la planète, je suis peinard et heureux dans mon confinement que je savoure car il me permet de réfléchir à une pièce de théâtre qui mettra en scène le bouillon et non moins brouillon Donald Trump et le stratège et sage Xi Jinping.

Le 1 er Mai 2020Nabyl Lahlou