mardi 19 février 2019

DES MINISTRES, LIBRES, INDÉPENDANTS ET SOUVERAINS


Lettre ouverte aux ministres marocains, instruits, cultivés et cinéphiles. 
(suite et  fin)


 DES MINISTRES, LIBRES, INDÉPENDANTS ET SOUVERAINS

Le Maroc doit briller de mille énergies et non d’inerties », ai-je écrit  en guise de conclusion de la première partie de cette lettre ouverte que j’adresse aux ministres marocains, instruits, cultivés et cinéphiles. En effet, seuls des ministres, souverains, libres, indépendants, audacieux, visionnaires, créatifs et porteurs  d’idées innovatrices et de projets ambitieux, pourront faire briller notre pays de mille et mille énergies pour le conduire vers les voies de la prospérité et hisser le moral de ses habitants. Des ministres qui n’hésitent pas à sanctionner, voire à  jeter derrière les barreaux tous les escrocs et les faisans qui font faire au pays un pas en arrière, chaque fois qu’il entreprend un bond en avant.
Hélas ! Depuis des décennies, les gouvernements se succèdent aux gouvernements avec souvent les mêmes ministres qui reprennent leurs fauteuils ministériels au service de la routine, héritée de leurs prédécesseurs, qu’ils lègueront aux ministres qui vont les remplacer pour gérer la routine. Seuls des ministres, libres, indépendants et souverains, pourront mettre fin au règne de la Reine  Routine qui bloque tout changement bénéfique pour notre pays. Les escroqueries, les arnaques, les violations du règlement du fonds ainsi que le détournement de biens publics n’auraient jamais été commis par l’ex-directeur  général du Centre Cinématographique Marocain, Souheil  Ben Barga, si le Centre Cinématographique Marocain était régulièrement visité et contrôlé par le ministre de tutelle, le ministre de la Communication,  libre, indépendant et souverain. Ces forfaits, restés impunissables, ont pu être perpétrés, impunément,  parce que Souheil Ben Barga savait qu’il était protégé par son ministre de l’Intérieur et de l’Information, le puissant Driss Basri à qui j’avais adressé une lettre ouverte pour condamner les escroqueries, les arnaques, les violations du règlement du fonds ainsi que le détournement de biens publics, par son laquais Souheil Ben Barga et le laquais de ce dernier, le président du Fonds d’aide à la production cinématographique marocaine. C’était en 1992.
Me trouvant, il y a trois mois, face à face avec l’ex-directeur général du Centre Cinématographique Marocain, je l’ai salué en lui rappelant qu’il ne doit jamais oublier qu’il m’avait interdit de faire mes films et que cette injuste interdiction a duré huit ans. « Je ne t’ai pas interdit. Ton interdiction à été décidée pendant la tenue du Conseil d’administration du Centre Cinématographique Marocain, présidé par le ministre de l’Intérieur et de l’Information Driss Basri. ».  Puis, fulminant de ne pas voir son nouveau film Le songe du Calife faire l’ouverture du dernier Festival du film de Marrakech, il me montra sur l’écran de la table de montage, manipulée par Latefa Drissi, une fonctionnaire du CCM, la bande-annonce de son nouveau film dont je gardes les images de  batailles et de montgolfières qui explosent dans l’air. « Le songe du Calife va sortir dans cinq cents cinéma en France, en Espagne et en Italie.», me dit  en Barga. «Tu vas donc pouvoir me rembourser ce que tu me dois », lui ai-je dit, car Ben Berga, en tant que prestataire de services, m’avait demandé de lui donner onze millions de centimes, pour payer le gonflage en 35 mm de mon deuxième film Le gouverneur général de l’île de Chakerbakerben, tourné en 16mm. Il s’avère que le gonflage n’avait coûté que six millions de centimes. Ce milliardaire doit cinq millions de centimes au quémandeur des croyants que je suis et resterai jusqu’à la fin de mes jours.
Les véritables créateurs, qui sont de grands démiurges, continuent de penser et de créer jusqu’à leur dernier souffle ; jusqu’à ce que Le Grand Créateur les rappelle à Lui. Manoel de Oliveira, décédé à 106 ans, après avoir accompli sa dernière prière cinématographique en réalisant son dernier film, à 103 ans. Dans les veines des créateurs, un sang pur, un sang propre, coule en se renouvelant jusqu’au dernier souffle de leur vie. Quand bien même vivrai-je jusqu’à 110 ans,  je ne pourrai rien faire, rien réaliser, rien entreprendre au royaume des inerties renouvelables où les portes de la SNRT, de  2M, du CCM, du ministère de la Culture, du ministère de la Communication ainsi que celles des grandes institutions bancaires, demeurent fermées pour tout créateur qui risque de perturber le sommeil de la  Reine Routine et bousculer le statuquo de la stagnation en vigueur.
Les bureaucrates-ronds de cuir se délectent et se lèchent les babines de leurs nuisances, car pour ratés, saboter les grands créateurs, les fait  jubiler, impuissants décideurs  qu’ils sont de faire avancer le pays.
Nour-Eddine Saïl, qui a travesti la belle mission du fonds d’aide à la production du film marocaine en la clonant sur le modèle français, n’aurait jamais osé le faire s’il avait eu devant lui un grand ministre de la Communication, libre, indépendant et souverain, connaissant parfaitement la création cinématographique et les phases douloureuses de la production cinématographique chez nous. Nour-Eddine Saïl n’aurait jamais, non plus, réussi à instaurer et imposer sa politique, basée sur l’octroi de L’avance sur recettes à ses amis cinéastes étrangers ou d’origine marocaine vivant et travaillant en dehors du Maroc, s’il avait eu en face de lui des cinéastes marocains, libres et intègres, et non des  faiseurs de films, groupés dans plusieurs Chambres professionnelles, dont les principales sont : La Chambre Marocaine des producteurs de films, La Chambre nationale des producteurs de films, L’Union des auteurs- réalisateurs de films, La Chambre des producteurs de l’audio et de l’audiovisuel, La Chambre des réalisateurs documentalistes. Ceci, sans compter les trois Chambres syndicales des techniciens, les deux  Chambres des distributeurs de films, La Chambre des propriétaires de cinémas, La Chambre des exploitants, dont le président ne possède pas une seule salle de cinéma, alors que Jean Pierre Lemoine, l’empereur des complexes cinématographiques Mégarama, qui représente, à lui seul, une trentaine de salles de cinémas, siège comme secrétaire général. C’est le protectorat à l’envers, ou une méprise, appelée marocanisation. De même, le prestataire de services cinématographiques et propriétaire de studios de tournage pour les films et les télé films, Sarim Fassi Fihri, actuellement directeur du Centre Cinématographique Marocain, s’il avait eu en face de lui un ministre de la Communication, libre, indépendant et souverain,  parfaitement au courant de se qui se trame au niveau du Fonds d’aide et de l’aide à la rénovation des salles, n’aurait jamais accepté que la somme de trois millions six cent mille dirhams soit donnée à des milliardaires, propriétaires du cinéma Le Colisée à Rabat, pour le rénover. Trois millions six cent mille dirhams offerts aux riches propriétaires de la moitié des immeubles du boulevard Mohammed V, dont le fameux hôtel Balima qui se dresse devant le  parlement, est inacceptable,  impensable, inimaginable et irréalisable dans les pays où la justice est le moteur du progrès. Mais au  Royaume des inerties renouvelables et des inepties tonitruantes, qui réduisent la pensée et la réflexion à un brouhaha de basse-cour où  les arrogants décideurs détestent et haïssent les gens qui n’ont pas su  tricher comme eux pour devenir riches comme eux, il reste beaucoup, beaucoup d’honnêtes fonctionnaires et de hauts cadres, intègres, qui refuseront toujours de tricher, de brigander ou de se laisser appâter pour devenir rapidement des riches, des riches malhonnêtes. Plusieurs prestataires de services cinématographiques et de faiseurs de films, des franco-marocains, des belgo-marocains ou porteurs de plusieurs nationalités, se sont vus et se voient toujours s’offrir de grosses parts de L’avance sur recettes pour pondre de petits films, franco-belgo-germanico-maroco, qui sont commercialisés en France et en Belgique, mais dont le CCM ne reçoit pas un centime d’euro.   
Sur la centaine de réalisateurs et réalisatrices que compte le Maroc, seuls trois cinéastes, franco-marocains,  Nabil Ayouch, Fawzi Bensaidi et Narjiss Nejjar, font la fierté de Sarim Fassi Fihri, qui les exhibe comme des trophées, chaque fois que leurs petits  films sont pris dans des sections parallèles de grands festivals de cinéma. Et pour remonter le moral à Narjiss  Nejjar, dont le dernier film   mérite Le bidet d’or, récompense remportée par Jacques Dorfman que Nour-Eddine Sail invita à  présider le jury du 16 ème  Festival National du Film, Sarim Fassi Fihri la nomme, le 17 février 2018, directrice de la Cinémathèque, qui n’est autre que l’ancienne salle de cinéma, construite en 1982, sous la direction de Kouider Bennani qui lui avait donné le nom de Hassania, en hommage à Hassan II. Et c’est aussi grâce à cet ingénieur de Télécom, Kouider Bennani, converti, depuis une vingtaine d’années ; en bon agriculteur, que le laboratoire couleur et l’auditorium du CCM ont  pu voir le jour pour le bonheur des cinéastes marocains,  qui ne pouvaient envoyer qu’aux laboratoires français, espagnols ou italiens, le développement et le traitement de la pellicule couleur avec laquelle ils ont tourné leurs films. Depuis un an qu’elle est directrice de la cinémathèque, Narjiss Nejjar, qui a pu ramasser plus de six millions de dirhams pour pondre une connerie monumentale, ne fait strictement rien, en dehors de parler, de gesticuler, de brasser du vent, tout en continuant à toucher honteusement  son gros salaire mensuel et voyager à l’étranger, aux frais du contribuable pour faire ses affaires, au nom de cette entourloupette, appelée pompeusement :  Cinémathèque Nationale du Royaume du Maroc.  Cet ancien cinéma Hassania de quatre cents places, doit être rouvert, en tant que cinéma de quartier pour la joie des habitants de la zone industrielle, de Hay Fath et de Hay Manal, qui comptent pas moins de deux cent mille habitants. Dans les années 1980, le prix du billet pour voir un film au cinéma Hassania était de cinq dirhams. Aujourd’hui, cinq dirhams, ça parait énorme pour des jeunes, issus de familles modestes, dont les parents ont du mal à finir la deuxième moitié du mois. Ces jeunes de ces quartiers périphériques, pourront-ils, un jour, rêver voir un film au cinema le Colisée à Rabat, dont le billet est à 65 dirhams, somme dérisoire pour les fils de nantis. Comme je l’avais proposé par écrit à l’ancien ministre de la Culture, Mohammed Achaari, et au ministre de la Communication, Larbi Messari, une cinémathèque, crédible et digne de ce nom, ne peut être vivante et accueillante que si elle s’installe à la salle du 7ème  Art à Rabat. Et c’est ce que j’avais dit à la petite Narjiss quand j’ai appris sa nomination à la tête de la Cinémathèque du CCM,   
Une cinémathèque est un lieu convivial et chaleureux où sont projetés des films d’auteurs pour cinéphiles, professionnels du cinéma et critiques du 7ème Art, pas des parasites et des pique-assiettes qui passent d’un festival à l’autre pour se remplir la panses, jamais pour faire travailler leurs pensées.
Hélas, nos ministres ne lisent pas les lettres que leur envoient celles et ceux qui veulent les interpeler  ; nos ministres ne sont pratiquement jamais à  l’écoute de celles et ceux qui leur exposent par écrit leurs problèmes ou leurs litiges avec l’administration  ; nos ministres ne vont ni au théâtre ni au cinéma, d’où la totale ignorance. Tout ce que les ministres de la Culture et de la Communication savent  sur le cinéma marocain, ce sont les sornettes d’une propagande ridicule, orchestrée par Sarim Fassi Fihri et, avant lui, par Nour-Eddine Sail, qui ne cessent de faire l’apologie de quatre ou cinq petits films, produits par des  coproducteurs, français,  belges ou allemands, des films franco-belges-marocains, ou franco-allemands-marocains, parce qu’ils sont projetés dans les pays qui les ont coproduits.  
Au richissime prestataire de services, Sarim Fassi Fihri, et à l’ancien directeur de 2M et du CCM, Nour- Eddine Saïl, qui ne cessent de pérorer  que  « Les films marocains remportent des prix dans les grands festivals. Le cinéma marocain se porte très bien. Nous produisons quinze films par ans, nous sommes les meilleurs… », je leur dis d’arrêter de faire tourner leur mauvais disque rayé, de cesser de leurrer leurs ministres de tutelle, de mentir aux citoyens et de se payer la tête des cinéphiles. Il faut vraiment être débile et ignare pour accepter et avaler ce genre de propagande. A Sarim F assi Fihri et Nour Eddine Saïl, je leur dis qu’il existe plus de quinze mille festivals de cinéma à travers la planète, que l’Inde produit mille films par an, que les films américains s’accaparent 70% des recettes mondiales, que la fréquentation des salles de cinéma en France a atteint cette année plus de deux cent cinq millions de spectateurs, alors que dans notre pays, la fréquentation annuelle des 50 salles de cinémas, existant encore dans certaines villes marocaines, ne dépasse pas un million cent mille spectateurs. Kénitra, ville de plus d’un million et demi d’habitants n’a plus une seule salle de cinéma. Les islamistes doivent jubiler car ils n’aiment pas la Culture parce qu’elle représente un danger pour leur leur fonds de commerce religieux. A Sarim Fassi Fihri et Nour Eddine Saïl, je leur dis que ce n’est pas un petit article de propagande, publié par la revue fantaisiste américaine Variety, payée en dollars, qui va faire croire que le cinéma marocain se porte bien et que c’est la ruée vers le Maroc  pour les tournages étrangers. Votre prédécesseur, Souheil Ben Barga,  l’avait fait avant vous, en 1990, en payant des pages dans Variety pour vendre son film La bataille des trois rois.
Stop donc au mensonge et à la propagande, car cela nuit à l’image de notre pays. Je vous conseille de voir La vaine gloire de commander de Manoel de Oliveira qui nous fait aimer le cinéma.
Pour faire aimer le cinéma aux Marocaines et aux Marocains,   il faut les intéresser et les inciter à aller découvrir les images de la vie, envoyées par une lampe magique, pour qu’ils savourent le beau et profond cinéma, celui qui aborde les grands sujets humains, traite des grands maux de l’humanité en s’attaquant aux  dangers qui menacent l’Homme, comme l’obscurantisme et l’intégrisme, ennemis du cinéma, du théâtre, de la musique, du chant, de la danse, de la peinture, de la sculpture et de tant d’autres formes de  création et d’inventions artistiques.
Les frères obscurantistes ne réussiront jamais avec leur lampe à éteindre la magie de celle des Frères Lumière. Une magie qui continuera à refléter la vie et à faire aimer la vie.  
                                                                  Rabat, 19 février 2019
                                                                  Nabyl Lahlou      


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