vendredi 5 juin 2020

De Mohcine Fikri à George Floyd

De Mohcine Fikri à George Floyd


Après l’assassinat, le 15 avril 1865, d’Abraham Lincoln qui abolit définitivement l’esclavagisme, la ségrégation raciale n’avait fait que fleurir dans les cœurs et les têtes des américains blancs, stupides et bornés, pour atteindre son apogée avec l’assassinat de Malcolm X, le 21 février 1965, puis l’assassinat du révérend Martin Luther King, le 4 avril 1968. L’Histoire, avec un grand H, ne fait que se répéter bêtement et banalement. L’atroce assassinat d’un américain nommé George Floyd, consciencieusement prémédité et volontairement exécuté par un officier de la police américaine, en parfaite complicité avec trois autres policiers américains, m’a fait vite revoir l’insoutenable image de Mohcine Fikri, un jeune marchand de poissons qui s’était jeté dans la benne d’un camion à ordures pour récupérer sa marchandise, du poisson frais que des éléments des forces auxiliaires lui avaient confisqué et jeté dans la benne où il trouva sa mort, broyé comme une ordure.

La mort du jeune marchand de poissons provoquera des manifestations monstres dans toute la ville d’Al-Hoceima et dans toutes les agglomérations voisines. Par respect pour l’Histoire, rappelons que cette très belle région du nord du Maroc, appelée le Rif, où est né et a vécu le grand combattant et stratège militaire Mohamed ben Abdelkrim Khattabi, dit Abdelkrim, qui créa la République du Rif, que combattront, durant plusieurs années, les maréchaux Lyautey et Pétain, flanqués des soldats du caporal Franco, dont beaucoup, beaucoup de rifains, n’a connu durant des décennies que répressions après répressions de la part du pouvoir central. La République du Rif est et restera dans la mémoire des rifains, et dans leur imaginaire, le rêve qui leur a rendu fierté, dignité et raison d’être. Personne ne pourra leur voler leur rêve. Aussi l’intronisation du roi Mohammed VI en juillet 1999, mettra-t-elle un terme définitif aux répressions, mais pas forcément aux injustices et à la pauvreté. 

La haine perdure dans les cœurs et les mémoires. L’assassinat de George Floyd s’inscrit tout naturellement dans la série de crimes commis par les américains blancs à l’encontre de leurs concitoyens noirs. Une Amérique beaucoup plus humaine et humaniste que celle toujours plus matérialiste et matérialisée, toujours sauvagement capitaliste et capitalisée, toujours mercantiliste, demeure l’idéal et le rêve de toutes les Américaines et de tous les Américains, qui nous font vraiment aimer leur grand pays. Cette Amérique, qui célèbre les valeurs de l’humanisme, sera une Amérique où les blancs, bornés et stupides, comprendront que vivre heureux, c’est être exempt de toute haine et de tout sentiment raciste. Quand ce rêve se réalisera, une nouvelle Amérique jaillira des entrailles de la Statue de la Liberté pour que le « I have a dream» prononcé par le révérend Martin Luther King, en 1964, puisse résonner dans les esprits et faire raisonner les esprits.

Si les nombreuses manifestations qui se déroulent dans plusieurs États et grandes villes des USA, sont un véritable coup de poing et une sonnette d’alarme pour le président américain, elles n’en demeurent pas moins une magistrale gifle, administrée magistralement au Coronavirus qui a fait se replier sur elles-mêmes, les grandes nations, super riches et industrialisées, dont l’Amérique, les grands pays qui ne manquent de rien ainsi que les petits pays qui manquent de tout et de rien, dont mon pays que je veux voir parmi les pays qui ne manquent de rien. Aussi les dizaines de milliers d’Américaines et d’Américains, de toutes les ethnies, des blancs, des noirs, des métis, des jaunes, qui, depuis la mort de George Floyd continuent de manifester pour réclamer justice pour ce dernier, ne lâcheront leur colère et ne retourneront dans leurs foyers que si George Lloyd est vengé. Vengé par un verdict juste, émanant d’une vraie Justice, libre et indépendante. 
Etant contre la peine de mort, je me verrai bien portant la toge noire de l’avocat de George Floyd (dans les tribunaux américains, les avocats plaident en costumes, chemises, cravates), pour réclamer la peine capitale pour ce tueur froid, pour cet assassin raciste, pour ce criminel haineux qui, avec l’aide de trois de ses collègues policiers - à qui la perpétuité me paraît un moindre mal - a fait tomber George Floyd par terre, presque sous le châssis d’une voiture, puis a posé son genou en appuyant sur le cou de George Floyd qui suffoquait en répétant au policier : Je ne peux plus respirer. Je n’arrive plus à respirer. La scène dura huit longues minutes, durant lesquelles George Floyd demanda secours mais personne ne lui, prêtait attention, même pas le lâche et sinistre passant, qui a filmé la scène de la mort en direct de George Floyd qui ne cessait de balbutier  : Je ne respire plus. Après un calvaire de huit longues minutes, George Floyd rendit l’âme, un 25 mai 2020. 
Mohcine Fikri mourut broyé, un 29 octobre 2016.

Rabat, 5 juin 2020
Nabyl Lahlou

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